vendredi 20 avril 2018

La dose de Wrobly : germinal 2018 EC


- Agatha Christie.- La Mystérieuse affaire de Styles.

   Qui a empoisonné la vieille ? Son tout premier. Vous devinez ? Eh ! oui ! Je vais me refaire la série tranquillou.

- Georges Simenon.- La Nuit du carrefour.

   Qui a buté le diamantaire d'Anvers et l'a foutu au volant de la bagnole de luxe de l'agent d'assurance, avant de garer celle-ci dans le garage du purotin danois ? Pour ma part la série continue doucement mais sûrement.


- J. M. Rymer.- Sweeney Todd : le diabolique barbier de Fleet street.

   Que deviennent les clients du barbier ? Quel est le secret culinaire des ineffables tourtes de mrs Lovett ? J'ai emprunté le DVD du film de Tim Burton à la bibli, c'est pour bientôt... [Note du lendemain : belles images, c'est un musical, on retrouve Rogue, Queudever et Bellatrix ; et des personnages et des actions du roman, mais l'histoire, les biographies et les psychologies ont peu de choses à voir avec).

- Pierre Autin-Grenier.- L'Eternité est inutile.

   Comme se le demandait Lénine, qui aurait mieux fait de faire la tournée des bistros comme notre auteur et de laisser les révolutionnaires faire la révolution : que faire des ses journées quand on est un glandeur authentique ?

- Michel Bakounine.- Le Socialisme libertaire.

   L'Essentiel de l'oeuvre de Bakounine en tant que militant et propagandiste de l'Association Internationale des Travailleurs, en 1868-1869. Il n'y aura bientôt plus que ses œuvres du temps de l'école maternelle dont je n'aurais pas encore joui.



mercredi 18 avril 2018

Où l'on reparle de Moebius, de Stefan Zweig, de Roald Dahl et du commandant Cousteau


    Bon habituellement, tout ce qui est Disney je boycotte d'entrée, pas de discussion. Ce qui me vaut parfois d'être taxé de psycho-rigide, voir d'ayatollah. Mais à un moment, je pense qu'il faut être un peu logique  et, si peu que ce soit, même si l'on n'est pas un grand résistant, s'essayer à la non collaboration avec l'ennemi, et accorder a minima quand c'est possible, ses options quotidiennes à sa métaphysique, son éthique, ses valeurs, ses intérêts appelez ça comme vous voulez. Mais ce film-ci, déjà quand j'étais pré-ado j'avais vu la bande-annonce, et comme on allait pas beaucoup au ciné, j'avais un peu été frustré car ces effets spéciaux à la pointe de la pointe, et ces histoires d'ordinateurs avaient quelque chose de mystérieux et d'attirant. Cela fait déjà 34 ans et ce film a, évidemment, énormément vieilli, les logiciels y portent des combinaisons style survêtements à capuche, censés être moulants, vaguement coloriés en fluo sur les bords. Mais la raison principale est qu'à ce film a collaboré Jean Giraud, alias Moebius, et comme ce grand dessinateur m'a valu une cordiale polémique avec le Tenancier (amitiés cher collègue) ici, c'était l'occasion.


    J'ai par ailleurs découvert un réalisateur assez réjouissant, Wes Anderson. J'ai commencé par À bord du Darjeeling Limited (The Darjeeling Limited, 2007), d'une loufoquerie et d'un foisonnement de couleurs, de paysages, d'objets, d'animaux, de personnages et de gesticulations assez déstabilisant.


    J'ai poursuivi avec Moonrise Kingdom, tout aussi trépidant, des caractères toujours hauts en couleur et des couleurs toujours de grand caractère, mais le scénario est plus consistant, il y a un véritable histoire d'aventures enfantines à la Tom Sawyer, peut-être mon préféré.

 
    Je n'ai compris qu'à la toute fin que La Vie aquatique (The Life Aquatic with Steve Zissou), que j'ai vu ensuite, était une biographie déjantée du commandant Cousteau, ce tortionnaire de pauvres bêtes. Pourtant, l'omniprésence des bonnets rouges et le mini sous-marin jaune auraient du me mettre le talitre à l'oreille... même la mort du rejeton en hélico ne m'a pas déssillé. Seul, le générique, mais je suis un peu long à la détente. Toujours aussi loufoque.


    Puis vint Fantastic Mr. Fox, un dessin animé bien sympa, rien à voir avec les merdes de Disney, le héros est un voleur, menteur, et plutôt mégalo sur les bords, et ses aventures secouent bien. C'est tiré d'un roman de Roald Dahl, l'excellent littérateur pour la jeunesse, si vous avez des nièces ou des petits cousins de moins de 12 ans, n'hésitez pas à leur offrir ses œuvres !

 
 Pour finir, j'ai souri avec The Grand Budapest Hotel, et là encore, seul le générique m'a fait m'exclamer : bon sang, mais c'est bien sûr ! derrière le burlesque à la Monthy Pyton, le mode de narration par énonciation énoncée, cette ambiance nostalgique, ces personnages nimbés de légende, le nazisme jamais loin, l'Europe de jadis plutôt à l'est, c'est du Stefan Zweig !!!


    Cet Anderson est fort dans le contre-emploi. Et c'est un esthète sachant transformer chaque scène, lieux, objets vieillots, paysages grandioses ou personnages foutraques en tableaux multi-colorés d'albums d'images d'Epinal réalisées sous acide, de mosaïques psychédéliques (Terry Gilliam n'est pas très loin ?...), de bocaux de berlingots irisés. J'ai beaucoup souri, mais jamais vraiment ri, vous me connaissez, dans le genre sinistre je tiens bien ma place.


    Ah ! oui, et puis je me suis fais Les Damnés, de Visconti, que j'avais vu à la Comédie française, mais pas en film. Et j'ai revu Agent trouble de Mocky. 


    Mes dernières actus ciné.

lundi 16 avril 2018

Nous on veut pas dubliner

   Déjà, ce matin, alors que le réveil a recommencé ses tortures, j'apprends par texto que mon lieu de travail est contre l'attente de certains de nouveau bloqué sévèrement par de jeunes grévistes déter' que je salue ici bien bas. J'en profite pour relayer l'appel du Mouvement Inter Maternelles Indépendant, un peu tard malheureusement pour le rendez-vous de 6 heures...

   Quant aux pleureur(se)s nous couvrant de jérémiades depuis quinze jours, personnels aliénés pourtant les premiers à tirer au flanc en règle générale et à en foutre le moins possible, cadres administratifs zélés dans leur rôle d'application des basses œuvres de leurs supérieurs, étudiants affolés (mais ceux-ci, il faudrait leur expliquer) ou francs réacs, syndicats jaunes, je les invite dores et déjà à foncer chez l'épicemard et enfermer dans leurs placards fayots, lentilles, sardines et sauciflards !


   En attendant, nous, on essaye de se rendre utile, même si on n'est pas des foudres de guerre, c'est peut-être pour cela même qu'on prend des pseudos fantasmatiques et qu'on admire tant les boutefeux de sédition (à venir un post sur Durrutti d'ailleurs, enfin, si les évènements ne nous laissent que ces faibles passe-temps numériques sous la dent). Alors on est allé soutenir les exilés occupant les locaux de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis depuis peut-être, oh ! oui, ça doit bien faire deux mois, a priori maintenant. Ils se sont rassemblés devant la préfecture de Bobigny pour demander leur réintégration dans dans l'espèce humaine puisque malheureusement, la moindre existence digne aujourd'hui est suspendue à la possession de papiers.






   Ils ont écrit au préfet le 8 avril pour demander un rendez-vous. Celui-ci a demandé à un stagiaire de leur répondre par une note de synthèse du cadre juridique des régularisations, toutes obligatoirement individuelles, sauf exception à laquelle il est suggéré aux exilés de ne pas rêver une seule seconde. La lettre est arrivée le 11 via la présidence de la fac. A la fin, une petit ligne invite les sautes frontières ayant traversé tant d'horreurs pour arriver jusqu'ici, à venir de leur plein gré se présenter pour être raccompagnés dans leur pays d'origine.





   Aux cris de Nous on veut des papiers, nous on veut pas dubliner !, de Descends, Pierre-André, nous refiler des papiers ! ou Des papiers pour tous les exilés ! (à peu de chose près et de mémoire), les réfugiés et leurs soutiens internationalistes ou simplement humains ont tenu quelques discours, traduits en arabe et en tigrinya, je crois (une langue d'Ethiopie). J'étais encore transporté d'admiration, moi qui depuis le collège n'ai cessé de rêver au bi, tri ou poli-linguisme, sans faire ce qu'il faut pour bien sûr, j'étais à l'époque muet et aller à l'étranger parler était pour moi qui ne communiquais déjà pas dans ma langue maternelle une gageure que les bistros et l'éthanol qu'on y consomme on contribué à me faire oublier. Moi qui, depuis, lit dans le texte et potasse toujours anglais et allemand en espérant un jour... qui me suis mis à l'Italien grâce à une Assimil trouvé chez George (mon ancien libraire)... De voir ces jeunes militants traduire du tigrinya en français et vice versa, pour des œuvres on ne plus utiles et fraternelles qui plus est, ça me rend malade de jalousie bienveillante. Ca me redonne envie de me mettre à l'arabe, cette magnifique deuxième langue de France, ou au japonais, langue d'un pays que j'ai souvent rencontré dans mes activités et relations. Dommage que George ait fermé, j'aurais bien pu trouver une Assimil de ces deux langues dans sa caverne...





   Bref, ensuite tout le petit rassemblement a voulu aller s'assurer au guichet de la préfecture que le sens de la lettre était bien une fin de non recevoir. Nous avons été arrêtés à l'entrée par les plantons un peu hallucinés, mais pas trop agressifs. Cette place s'appelle Jean Moulin. Il me semble que ce préfet est mort torturé par la police d'un régime dont le racisme d'Etat était la vertu cardinale. Un désobéissant, quoi. Bon, il y a eu Sétif dès mai 45, montrant une certaine continuité finalement, mais Moulin, lui, était déjà mort, on ne peut pas lui reprocher d'avoir cautionné cela. Donc, au vu du zèle de l'administration à appliquer strictement des lois et règlements déniant à certains êtres humains des droits supérieurs ou égaux à ceux d'un chien, et ordonnant à ses serviteurs de mener ces hommes-là à une mort quasi certaine en les "rapatriant", pourquoi ne pas rebaptiser cette place du nom de l'irréprochable fonctionnaire Adolf Eichmann, finalement ? A creuser.

Au centre, l’écœurant étendard du racisme d'Etat.


Cynique ironie.

   Après avoir raccompagné jusqu'à la fac deux collègues rencontrées là-bas (il y en avait une poignée), m'être faufilé jusqu'aux pénates des exilés pour leur refiler le sac de sucre, d'huiles et de sauce tomate que j'avais pris au U avant de partir (j'ai payé, je vous l'ai dit, je ne suis pas vraiment un héros...), je suis rentré bien ragaillardi par cette journée de solidarité, en me disant, peut-être contre toute évidence, que peut-être un changement va advenir, qui nous fera sortir de la brume... 


dimanche 8 avril 2018

Interruption des "activités normales"

"Au cœur de reculs en série [...], une lueur apparaît qui s'appelle jeunesse. Toujours neuve, toujours fraîche, elle surgit et éclaire le monde."
Isabelle Alonso




   Un vent de révolte commence à affoler le cours des choses. La fac de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis est occupée et barricadée depuis le mardi 3 avril. Les activités de ce blog sont et seront donc interrompues également ad libitum. Non que l'équipe participe activement à l'occupation. Non, même si elle est de tout cœur avec les perturbateurs, elle en profite pour se reposer et se laisser vivre avec une grande joie, irresponsable si l'on en croit les équipes dirigeantes. Or, qui dit se laisser vivre, pour l'équipe de la Plèbe, dit déserter les écrans.


Maintenant, va peut-être falloir que les vieux se sortent les doigts du cul (je ne parle évidemment que pour moi - W.). N'oublions pas que nous avons un record de 10 millions de grévistes à battre !


   D'ici là, demain matin, je reste au page !!!

vendredi 30 mars 2018

Le bac français sans rater l'émeute

   Mes chers lycéens en classe de première, vous n'avez plus le temps de vous préparer au baccalauréat de français, puisque vous êtes en grèves, en manifestations, en occupations, et c'est tout à votre honneur. Mais rassurez-vous, La Plèbe, Hâte, déjà va ! vous propose ici un cours de rattrapage du commentaire composé, afin de vous donner quand même quelques éléments pour passer l'épreuve traditionnelle en toute quiétude. Nous avons choisi l'admirable poème de Baudelaire, l'un des plus beau, La Beauté. Voici, pour commencer, le sonnet en lui-même.

La beauté.

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles ;
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !


    Nous allons maintenant l'éplucher un peu. Voyons le premier vers : Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre. Ca ne veut rien dire. Un rêve de pierre peut être beau ou laid. Donc, pour nous faire connaître la Beauté, l'auteur la compare à une chose vague, indéterminée, dont la notion nous est encore plus incertaine que celle de l'objet à connaître. Ce premier vers est un assemblage de mots qui ne nous apprend absolument rien. Passons au deuxième : Et mon sein où chacun s'est meurtri tour à tour... Je veux bien que "meurtri" soit figuratif, mais il rappelle fâcheusement la comparaison du premier vers et impose abusivement l'image d'un sein en pierre. Je relève dans ce second vers une faute magistrale qu'il faut bien appeler solécisme. "Tour à tour" signifie en effet l'un après l'autre ou alternativement. On n'est pas plus fondé à écrire "chacun s'est meurtri tour à tour" que "chacun s'est meurtri à tour de rôle". Il aurait fallu dire : "Où chacun s'est meurtri à son tour." Qu'une faute de cette dimension ait trouvé place dans un sonnet aussi corseté, voilà qui est regrettable, mais le plus fâcheusement significatif est qu'aucun de ses innombrables admirateurs n'ait, à ma connaissance, relevé cette énormité. Passons aux deux vers suivants : Est fait pour inspirer au poète un amour - Éternel et muet ainsi que la matière. N'oublions pas que c'est le sein de la Beauté qui inspire cet amour. Ç’aurait pu être le visage, le dos, les cuisses ou l'ensemble, mais c'est le sein. Il doit y avoir à cela des raisons que nous ne connaîtrons pas et il faut nous contenter de l'affirmation gratuite. L'amour inspiré par ce sein est "éternel et muet ainsi que la matière". Rien à dire contre éternel, sinon que le mot, qualifiant un amour, est peu signifiant. En revanche il n'y a pas de raison valable pour que l'amour du poète soit muet. Tout le monde sait bien que les poètes sont très diserts sur ce point et Baudelaire le sait mieux que personne puisque pour sa part, il dédie un sonnet à la beauté et, ailleurs, un hymne. "Muet ainsi que la matière", est-il dit. Matière est un mot d'une portée bien générale pour une telle comparaison. En fait, dans le bon langage ordinaire, on dit muet comme une carpe, comme la tombe ou comme une pierre. Ce rapprochement d'amour et de matière, lourdement chevillé, est une recherche inutile et, à vrai dire, il eût mieux valu s'abstenir de toute comparaison. Mais matière vous a un fumet philosophique des plus tentants.

A SUIVRE...