mercredi 25 février 2015

On n'est pas sérieux...

«Aussi quand tu partis, Yvonne, j’allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d’une banquette de troisième classe, l’enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m’en allant dans ma chambre en l’hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d’égorgement en bas dans la cuisine me chassa de l’éblouissement de la rue, et plus tard cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? Horreur à la mesure de nerfs de géants !»
Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan



Aujourd'hui ça fait 17 ans que je me suis fait la belle. Cette fois j’ai pas été repris. Merci les amis !

lundi 23 février 2015

Jouons un peu avec l'islam

Un jambon – beurre – cornichons sera offert à l’ami qui découvrira l’auteur des lignes ci-dessous, quelle que soit sa confession, ou son absence de confession. Attention ! Halte aux procès d’intention ! Le lot gagnant de ce jeu ne fait aucune allusion sarcastique ou autrement malveillante à qui que ce soit. Non. Non ! Monsieur Michel Onfray, les cornichons du sandwich ne font pas référence implicite à l’aigreur de certain philosophe athée postanarchiste. Nous en avons déjà longuement parlé, et il est inutile de me submerger de vos commentaires amers, je vous ai déjà averti que je ne les publierai plus. Usez plutôt votre salive sur l’organe (de presse) de votre ami Franz-Olivier Giesbert, allez à Lagardère, que diable, mais ne venez plus à Wroblewski ! J’ai dit.



Voici le texte, ce n'est pas facile, et attention, des propos peuvent choquer :
« Qu’est-ce que j’ai pu rire, pour moi-même, quand j’ai entendu dire que monsieur Machin et monsieur Truc avaient réussi à quitter la zone rouge en offrant une somme d’argent à la FAI, et qu’avec les marxistes on ne pouvait pas s’entendre. Pour les gens, il n’y avait d’autre explication que le banditisme. Moi je riais : les anarchistes et les mahométans, c’est kif-kif. Nous détestons la subordination, nous ne supportons pas qu’on nous compte, qu’on nous commande et nous oblige à faire quelque chose, qu’on nous dise sans nous consulter : « Fais ceci ou fais cela.» Pas parce que nous refusons de le faire, mais pace que notre amour propre-appelez ça dignité ou honneur- exige une certaine considération. Nous sommes un, et pas plusieurs. Nous sommes grossiers, orgueilleux, arrogants et jaloux, et en même temps simples et polis, sans gros défauts, loyaux ; nous sommes naturellement portés à faire le bien. Nous ne sommes ni immoraux ni déloyaux, notre obscur sens de l’honneur s’accommode avant tout de fidélité. Nous sommes habitués à vivre dans la misère, capitaine. Ainsi nos Espagnols, clairs et valeureux descendants des Arabes et des Berbères. Quand ils sont victorieux, ils n’ont que le butin en tête et il ne leur vient pas à l’idée d’offrir au peuple qu’ils ont vaincu une bonne administration. Pour quoi faire ! Leurs désirs ne vont pas au-delà du pillage, ils ne cherchent pas une place dans le monde, ni à fonder des empires. […] L’anarchisme peut vivre dans la péninsule – ou en Sicile – grâce à son sang africain ; c’est pour ça qu’il persiste. Il devait resurgir le jour où les hommes se retrouveraient sans terre, sans bétail et émigreraient sans leurs outils. « L’humiliation pénètre dans une famille avec la charrue », a dit le Prophète. Et un champ engendre une obligation d'impôt. Et l’impôt « place celui qui le paie dans un état de subordination. C’est une marque ignominieuse ». Ceci est écrit au XIVe siècle, capitaine. Lisez Ibn Khaldûn, capitaine. C’est un écrivain génial, originaire de Séville. Et ceux qui croient que nous vénérons Bakounine ou Sorel se trompent. Si on les laissait, si on nous laissait, nous finirions par vivre comme des Kabyles, dans des républiques démocratiques très petites, sans liens entre elles : une poussière de clans. »



Bravo à Jules, donc, qui a reconnu Max Aub ! C’est extrait du Labyrinthe magique qui, comme son nom ne l’indique pas, est un roman historique qui traite de la guerre d’Espagne. Attention, j’ai bien dit de la guerre. Ceux qui s’intéresseraient à la révolution sociale réellement conduite par les anarchistes, et à l’ébauche, la plus avancée qui fut jamais, d’un pouvoir prolétarien seraient déçus. Les anarchistes y sont présents, certes, mais comme une faction parmi d’autres (phalangistes, staliniens, nationalistes catalans, militaires franquistes et républicains…) de la guerre, pas toujours à leur avantage d’ailleurs. J’ai cru sentir, mais je me trompe peut-être, comme chez le Malraux de l’Espoir, une sympathie pour les staliniens. Il faut dire que Max Aub était plutôt engagé dans les arts, ami de Picasso, il a été conseillé culturel de la République à l'ambassade d'Espagne en France. Le roman est assez conséquent, avec 6 tomes, dont certains sont de vrais pavés. Ils sont construits un peu à la manière d’un scénario cinématographique, une succession de séquences, sans lien, sinon la guerre, et dont parfois les personnages se croisent ; à la Dos Passos, mais en moins parcellaire. Il y pas mal de longueurs, c’est notamment assez verbeux, avec de longs débats oiseux et d’un autre âge entre les personnages. Mais il y aussi de croustillants contes cruels et tragiques, parfois cocasses du fait des retournements du destin pour tel ou tel personnage (même si la fin est souvent une exécution).

L’extrait cité vient du tome 3, Campo de sangre, qui se passe en grande partie à Barcelone en 1938, sous les bombardements franquistes. La scène où cette logorrhée verbale a lieu, se situe après la bataille de Teruel, gagnée avec de lourdes pertes et provisoirement par les républicains. Dans une ambulance, on évacue les blessés. Dans l’une d’elle, Don Leandro, mourant, refait l’histoire de l’Espagne, avec notamment cette théorie pour le moins originale sur la véritable nature de l'anarchisme... Le tome 1 se passe à Barcelone avant et pendant juillet 36. Le 2 à Madrid, en novembre, pendant sa défense acharnée contre les troupes franquistes. Le 4 dans les camps de concentration que la bonne démocratie française réservait aux exilés espagnols comme à ceux de toute l’Europe fuyant les fascismes… Des longueurs donc et pas mal de coquilles dans l’édition, mais historiquement intéressant, et parfois savoureux.

jeudi 19 février 2015

Condamné à les contempler

En encouragement à notre ami George Weaver, qui a raté une marche. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.



Ce récitatif à la Ferré, qui me laissait relativement froid sur disque, fut l'entrée en matière du concert de Bashung à la salle Pleyel, en 2007 je crois. C'était la première fois que je mettais les pieds dans cette salle prestigieuse, que je voyais et écoutais Bashung en concert, et j'étais avec ma toute nouvelle copine (que j'ai gardée depuis). J'ai pris une baffe monumentale. Il ne bougeait pas, il devait déjà être malade, mais c'était magnifique.

Bon, allez George, reviens nous vite sur tes deux cannes !

Liberté d'expression

Comme quoi on peut être grave et bien se marrer : duo de contrebassistes chantants, drôle.


mercredi 18 février 2015

En France ça devient grave.

En France, on a actuellement une tripotée de contrebassistes qui créent tous azimuts. Vous ne les verrez pas à la radio et vous ne les entendrez pas à la télévision, commerciales ou d’Etat. Enfin, il faut que je reste honnête, ça fait tellement longtemps que j’ai arraché la perfusion que finalement, je n’en sais fichtre rien. Je suis rempli de préjugés.

Le contrebassiste, comme le caissier discount, est un produit de la précarité sociale. En effet, nombre d’entre eux sont à l’origine des violonistes, qui ont finalement opté pour la gravité faute de jobs suffisants dans leur première spécialité. Ron Carter, contrebassiste de l’historique quintette de Miles Davis dans les 60’s, lui, était violoncelliste de formation. Par ailleurs il pourrait très bien exister des contrebassistes caissiers discount.

En voici quelques-uns actifs actuellement dans nos régions : Jacques Vidal, avec Cuernavaca, un hommage à Rémy* Mingus.




Patrice Caratini avec Body and Soul, un album qui reprend l’accompagnement musical live du film muet du même nom d’Oscar Micheaux, réalisateur noir américain (1925). Sur le titre éponyme, on entend la pluie tomber en averse sur le cinéma, grandiose.



Gilles Naturel avec Contrapuntic Jazz Band - Act2. Le contrepoint, vous savez c’est un peu comme un canon, quand on chante Frère Jacques, qu’une personne commence, puis la seconde démarre en décalé, etc. C’est un peu plus compliqué mais le principe est là, je crois. Ca se fait pas mal en musique classique, chez Bach notamment. Et pour corser et intéresser le tout il n’y a pas de piano dans cet orchestre.




Je pourrais parler aussi de l’excellent Henri Texier, ou du non moins sublime Ricardo del Fra (qui lui est italien).

Et puis de ce géant d’outre Atlantique, un des créateurs du free jazz, arrêté par la police secrète du Portugal deux ans avant la révolution des œillets parce qu’il soutenait des opposants lors d’une tournée, et ayant repris des chansons de la guerre d’Espagne avec le Liberation Music Orchestra, mort en juillet dernier, Ali* Haden…

*Les prénoms ont été changés par goût de la diversité et saturation spectaculaire.

vendredi 13 février 2015

Une logique implacable

Le printemps est encore un peu loin. Pour patienter respirons ses fragrances enivrantes grâce à de belles images, et retrouvons notre sérénité par la vertu de mouvements de gymnastique et d'exercices respiratoires.

Ah ! Ici c'est vrai, à Beijing, c'est pas top. Un invité douteux s'est installé de façon permanente :
le Smog. 



La partie truquée est à droite.


Qu'importe, à quelque 2000 et quelques km à l'est...



"Sous un nuage de fleurs, 
  une cloche sonne. 
  Est-ce à Ueno ou à Asakusa ?"
Matsuo Bashô, maître du haïku japonais (1644-1694).




Que je pourrais traduire aussi ainsi :
"Dans la brume des cerisiers en fleurs 
 Un son de cloche          
  Ueno ? Asakusa ?"

  Ou bien encore :
"Dans la brume radioactive,
 Une sirène.
 Ueno ?
 Fukushima ?"


Puisque les pollutions au carbone nous menacent de trop près et à trop court terme,



il nous faut investir dans des pollutions plus massives encore, plus durables surtout.



Une logique implacable...

lundi 9 février 2015

Travailler moins pour gagner plus.

«Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. [...]. Cette folie est l’amour du travail , la passion moribonde du travail poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. [...]. L’Espagne, qui, hélas ! dégénère, peut encore se vanter de posséder moins de fabriques que nous de prisons et de casernes [...]. Pour l ’Espagnol, chez qui l’animal primitif n’est pas atrophié, le travail est le pire des esclavages. » (Lafargue, 2001, pp. 11-14.)


«Le paresseux est un fasciste»
Et ta soeur ?

"Toutes les quinze secondes, un travailleur meurt d'un accident ou d'une maladie liés à son travail. L'effondrement  (plus de mille cent morts) de l'atelier textile du Rana Plaza à Dacca (Bangladesh), le 24 avril 2013, symbolise les conditions d'emploi proches de l'esclavage de nombreux ouvriers dans le monde. Mais on peut également citer, dans les pays du Nord, les suicides à répétitions de salariés de groupes privatisés broyés par une politique manageriale musclée (Orange, Renault, La Poste...)." (Le Diplo, décembre 2014).

"Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge !"
Voltaire (gardez-moi de lui aussi).

La grève continue à Paris 8, faites-le savoir, soutenez-les !

jeudi 5 février 2015