vendredi 31 mars 2017

C'est pour quand ?

   Un film mythique pour moi, mais que je n'avais jamais vu. Tout ce en quoi je crois, tout ce en quoi j'aspire, tout ce que j'ai toujours été frustré de ne pas connaître, cette tornade soixante huitarde et les vents coulis ultérieurs des pays voisins. Je suis né trop tard. Un an après l'année de référence. Moi, je n'ai connu qu'une réaction continue, jumelée à une modernisation d'un capitalisme innovant (que ce mot me fait gerber !).

   Et bien vous savez quoi, aux premières images, j'ai cru que j'avais perdu la foi. Las, que j'étais (peut-être la digestion de la cantine), ces utopies poétiques, du vent, les faits sont têtus, les faits ce sont les zombis smartphonisés, les particules fines, les métaux lourds, les tapis de bombes propres, les milliardaires toujours plus insolents, les miséreux sous la botte. Il faut dire que la première scène, savoureuse à l'origine, a aujourd'hui une toute autre saveur, amère et ironique, quand on sait ce qu'est devenu le gros plein de fric Depardieu. En ouvrier ou employé qui fait sécession, difficile d'être crédible. On l'a pourtant tant aimé ! Résistance du corps à la déprime, j'ai même failli m'endormir à certains moments.


   Et puis j'ai fini par me réveiller, et jubiler, enfin ! Mais, c'est curieux, ce serait à analyser, à relier à mon manque de confiance en moi de toujours et à mon handicap relationnel, ce genre d'autisme (c'est une métaphore), ce doute insidieux pelotonné en moi et rongeant mes désirs et la moindre croyance en ma capacité de convaincre qui que ce soit de quoi que soit, dans le domaine politique tout du moins ; c'est, donc, curieux, j'ai commencé à jouir du film après l'instant "t" ou l'an 01 commence, après la séquence où il faut convaincre tout le monde, après la révolution. Avant, j'étais épuisé.

   La scène qui m'a fait sortir de ma torpeur par un rire franc (non, je n'étais pas mort de rire, n'en déplaise à ceux, et ils sont nombreux, qui ont la chance de l'être à tout bout de champ, heureuses natures ! lol !) est celle où une jeune femme (Miou Miou) est réveillée à six heure du matin par son réveil. Les yeux en trous de pine elle secoue pesamment son compagnon (Henri Guibet), pour lui dire qu'il est six heure, l'heure de se lever pour aller au chagrin. Et le mec commence à pouffer de rire, et les deux amants de partir dans un fou rire inextinguible parce que, évidemment, cette folie furieuse de s'extraire du doux sommeil pour aller servir le Capital est une chose du passé, et les deux tourtereaux ne se lassent pas de cette bonne blague consistant à faire comme si... Là, mon désir de prolétaire aliéné s'est réveillé de la lassitude que les constructions utopiques du début avaient malheureusement, cela vient de mon état de vie, non du film, provoquée. La scène qui m'a sorti de ma torpeur.

   La scène de la prison, aussi, m'a éclaté, un régal :


   Il y a plein des ceusses qui ont été mes grands frères spirituels, des étoiles riantes à mon firmament, de mémoire : Coluche, Cavanna, Choron, Gébé, je crois bien qu'on voit Siné, Reiser aussi... à confirmer, il y en a tellement ! Et des chanteurs, cré nom de nom ! François Béranger et Jacques Higelin !

   Et puis des que j'aime bien : Miou Miou, Henri Guibet, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Romain Bouteille et des tas de têtes connues dont je n'arrive pas à trouver les noms (je ne suis pas allé sur Wiki, j'essaye de faire fonctionner ma mémoire, pour essayer de la faire durer...). Et ceux que j'oublie.

   Et enfin il y a ceux qui étaient sympa à l'époque, mais que le pognon et la notabilité ont pourri, qui ont trahi la sympathie que j'avais pu avoir pour eux à une époque, quand il y en a eu, mais je ne les citerai pas.

Je précise que même si on aime les chers disparus de cette vidéo, et si on comprend leur besoin d'espérer, de même qu'on a aussi gardé de la sympathie pour Cavanna et Siné, à La Plèbe on n'a pas trop aimé au début, et de moins en moins par la suite et jusqu'à ce jour, l'hebdo dont il est question ici, à partir de sa "renaissance" dans les 90's.

   Ma dernière actu ciné.

La Plèbe écoute tout le temps :

Lundi soir 3 avril 2017 :
Dans l'herbe tendre (chanson française). Thème du mois : l'amour.


Jeudi 6 avril 2017:
Jazzlib' (jazz). Thème de la bi-mensualité : hommage à Gérard Terronès.
When, where, how ?
Jazzlib' sur radio libertaire 89,4 FM en RP. Tous les 1er et 3e jeudis de 20:30 à 22:00.
Podcast ou téléchargement MP3, pendant un mois, sur la grille des programmes.
Cliquer sur le lien correspondant à la bonne date (Jazzlib'/Entre chiens et loups). Attention de bien vérifier que vous êtes sur le 1er ou/et 3e jeudi, vous avez, en haut à gauche, les semaines disponibles.

mercredi 29 mars 2017

Une communarde chez les cagots

   Pendant quatorze ans, le réalisateur, Gabriel Axel, s'est battu pour faire accepter le scénario par l'Institut danois du cinéma, dont un représentant lui avait répondu qu'il n'y avait "pas une minute de film dans cette merde". Cette lutte acharnée a abouti à un film magnifique. Même si l'action est quasi nulle, on suit les péripéties du fil qui nous mènera à l'apothéose finale avec un intérêt amusé, parfois irrité face au puritanisme stupide de cette petite communauté patriarcale, dont les individus sont malgré tout attachants quand ils ne nous inspirent pas la colère ou la pitié de tant de vies gâchées dans les bondieuseries tristes et mornes. Leur vie réglée va être perturbée par deux embryons d'histoires d'amour avortées, et un début de vocation artistique. Mais le maître veille, et l'endoctrinement sera le plus fort. Jusqu'à ce que la force, la beauté apparaisse, nimbée de dignité, de courage, de douleur, de gratitude, et d'humilité face aux modestes soeurs qui l'accueillent, elle qui, on le saura à la fin, est une grande artiste, dans la personne de l'ancienne communarde Babette (superbe Stéphane Audran), dont le mari et le fils ont été assassinés par le boucher Gallifet et ses commanditaires.


   J'ai lu quelque part que c'était un film sur la sensualité. Oui, aussi, d'ailleurs la bande son de la scène du festin aurait heureusement pur servir d'énigme à certaine émission, à l'image de celle de La Grande bouffe ou du Grand restaurant. Mais surtout sur l'art je trouve, sur l'art qui nous transcende, et nous rend heureux lorsque nous passons de l'état de créatures à celui de créateurs comme disait Stirner (si mes souvenirs de lectures adolescentes passionnées sont bons). Le problème et le paradoxe, c'est que l'art, cet art auprès duquel les quelques consolations que paraissent donner la religion ou le mysticisme sont du caca de cochon d'Inde, devrait être le lot de tous, et quelque part, c'est ce que voulaient, peut-être sans le savoir vraiment, les communards : faire de la vie un art pour tous, et des arts de toutes les activités de vie. Chacun selon les passions qui l'habitent, comme disait Fourier (si mes souvenirs..., etc.). Le hic, c'est que dans le monde victorieux des versaillais d'hier et d'aujourd'hui, l'art est le privilège des dominants qui en jouissent quand ils le peuvent, qui l'interdisent quand il risque de menacer leur pouvoir. Ainsi de la fille du pasteur, tellement endoctrinée qu'elle renonce elle même à se consacrer au chant pour lequel elle a du génie et qui l'aurait rendu heureuse, ayant intériorisé la loi du patriarche menacé. Ainsi Babette qui, au sommet de son art culinaire, régalait les sabreurs et autres bourgeois qui tueront tous ceux qu'elle aime, dans le grand restaurant de l'Empire où elle travaillait.

   Je pense que ce film aurait provoqué l'apoplexie du poussah chef cuisiner interrogé par Bernard Pivot à la télé, séquence que l'on peut voir dans le film Maso et miso vont en bateau (1976) dont j'avais posté un court extrait ici, et qui déclare qu'une femme ne peut absolument pas être chef cuisinier, elle ne serait ni assez forte, ni assez talentueuse, elle n'est bonne qu'à la popote du mari (je résume), sans que Françoise Giroud ne lui saute à la gorge et ne lui arrache les yeux. C'est là qu'on voit que les choses ont un tout petit peu changé malgré tout. De tels propos aujourd'hui dans les médias, qu'un Zemmour pourrait tenir, je ne dis pas le contraire, provoqueraient je pense des réactions du public ou des invités beaucoup plus hostiles qu'à l'époque. Enfin, je crois, je ne regarde pas la télé. Je me trompe ? Vous croyez ? En tout cas je pense qu'ils passeraient pour une provocation haineuse, et non comme la naïve honnêteté de ce détestable bon gros débonnaire semblant croire de bonne foi à ses phobies.

Bref, Babette : Ma dernière resucée ciné, puisque j'avais déjà vu ce film une fois.

lundi 27 mars 2017

Ça me la coupe !


      Je connais le livre SCUM manifesto de Valérie Solanas de réputation depuis fort longtemps. Dans cette vidéo de Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig, on en entend de larges extraits, dans une mise en scène très pince sans rire je trouve.

      J'avais déjà évoqué Valérie Solanas ici, à propos du livre de l'écrivain tchèque Bohumil Hrabal Lettres à Doublenka, dans lequel l'auteur n'évoque pas avec toute la courtoisie nécessaire la mémoire de cette femme, sous prétexte qu'elle aurait tiré sur son idole, à lui, Andy Warhol, lui transperçant le poumon, la rate, l'estomac, le foie et l'œsophage. Joli carton.

      Allez, quand on aime on ne compte pas, un extrait d'un autre film d'agit-prop féministe, des mêmes auteures + Nadja Ringart et Ioana Wieder. Avec un tas de misogynes à gerber, et Françoise Giroud en collabo.


      Et un dernier extrait, de Sois belle et tais-toi cette fois, de Delphine Seyrig toujours. On y voit et entend une interview de Jane Fonda. Je trouve son français vraiment parfait, je l'envie de maitriser ainsi une langue étrangère. C'est d'autant plus notable venant d'une américaine, dont les compatriotes pour la plupart ignorent jusqu'à l'existence de cette banlieue merdique qu'est la France. Je trouve ses propos très intelligents, et je la trouve très belle. Je n'ai pas vu tout le film, mais j'ai vu dans le descriptif que Maria Schneider intervient également. Est-ce la Maria Schneider magnifique musicienne, compositrice, arrangeuse et chef d'orchestre ? Il faut que je voie l'intégralité de ce film !


Mes dernières actu ciné.

vendredi 24 mars 2017

Jazz en nostalgie


     J'écoutais au début de cette semaine en streaming Les Jardins d'Orphée, une émission de musique classique (entre autre mais c'est surtout cela qui m'y mène), et Anita, l'animatrice, y rendait hommage à Gérard Terronès... Elle ne le disait pas clairement de suite, mais je croyais comprendre qu'il nous avait quitté, et la suite l'a confirmé.

     J'étais un fidèle de son émission Jazz en liberté à la fin des 80's début des 90's (pendant un court temps comparé aux 25 ans qu'il a donné à la radio), il a contribué à approfondir le désir que j'avais de mieux connaître cette musique. Je me souviens qu'à l'époque il parlait avec un peu d'agacement des "boîtes de conserves", c'est à dire des CDs, mis sur le marché à la place des vinyls depuis peu... Comme c'est loin !

           Les animateurs que l'auditeur anonyme que je suis écoutais à cette époque, j'étais étudiant, j'avais 20 ans, et le temps d'écouter la radio dans la loge de concierge qui me servait de job d'appoint dans le 13ème, M° Tolbiac, les animateurs de cette époque, donc, partent les uns après les autres, avec ma jeunesse... Je pense par exemple à Jacques de Chroniques hebdo, mais il y en a plein d'autres. Julien (que j'allais voir à la Butte-aux-Cailles, près de ma loge, cette butte que Walery Wroblewski défendit comme un lion avec ses compagnons en mai 1871 contre les bouchers versaillais, et où Julien enregistrait en direct une émission dans un petit cabaret - Le Merle Moqueur ? La Folie en tête ? - plein comme un oeuf, et où l'on pouvait côtoyer au bar difficile d'accès un Alain Leprest en Marcel, jeune et joyeux fort des Halles pétant de vie et sachant lever le coude, stalinien atypique aimant les anars, avec les photo duquel, avant sa mort, quand je me suis rapproché de tout cela dont je m'étais éloigné une dizaine d'années, avec les photos en vieux poète fatigué duquel j'ai eu du mal à faire le lien par la suite ; et Yves Perrault dont je connais encore le générique de l'émission, La Révolte de Sébastien Faure, par coeur ; Paulo...

     Il y avait aussi une émission de jazz New Orleans à l'époque, At the jazz band ball, super, pleine de Bechet, d'Armstrong premières manières, de Fletcher Henderson..., et de tous ces orchestres sans star, parce que dans ce jazz, c'est le collectif qui prime, tout le monde joue en même temps, il y a peu de solos. Mais je ne me souviens plus du nom de l'animateur. Si quelqu'un à le tuyau, et sais si cet ami des oreilles libres est toujours de ce monde...

     J'avais écrit un mail à Gérard il y a quelques années, via sa boîte de production Futura Marge, pour lui demander s'il avait une boutique, ou s'il en connaissait où je pourrais acheter des disques de jazz, souhaitant boycotter tant la FNAC qu'Amazon, mais ayant encore parfois la faiblesse de ressentir le désir de me procurer des CDs. Je me permets de copier ici une partie de sa réponse, en souvenir et comme tuyau pour les amateurs dans le même cas que moi (désolé pour la pub) :

"Paris Jazz Corner (dans le Vème) qui pratique surtout l'occasion et la solde. Personnellement je ne vend pas mes productions ni aux Fnac, ni à PJC. Je préfère travailler avec Le Souffle Continu (dans le XIème / métro Voltaire ou Alexandre Dumas ou Philippe Auguste) qui vends tous mes disques, et ou je suis moi même client. 22 r Gerbier, 75011 PARIS."

     Je suis allé quelquefois chez ce disquaire. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on ne trouve vraiment pas du mainstream là-bas. Beaucoup de free jazz, et d'autres musiques improbables. Mais le débutant que je suis a quand même pu trouver son miel à l'occasion (dernièrement un hommage à Eric Dolphy et Ornette Coleman par un orchestre français dans lequel la saxophoniste Géraldine Laurent officie avec son grand talent). Il me disait aussi dans son mail qu'il avait quelques problèmes de santé, cela date de quelques années. Comme cela m'arrive parfois en pensant à mes aînés qui forcément prennent encore plus d'âge que moi, je craignais un peu la perte d'une des personne qui m'a accompagné, si peu que ce soit et sans le savoir, dans ma jeunesse à la fois enkystée et tumultueuse et loin d'être sereine, même si je ne viens pas du ghetto.

Pour écouter une passionnante nuit qui lui fut consacrée il y a quelques années, allez sur la semaine 11 du 13/03/2017 et téléchargez du samedi soir 22 heures (Nuits off) au dimanche matin qui suit, plusieurs tranches horaires ("Pendant la nuit, l'enregistrement continue") jusqu'à la fin de l'émission. Vous y entendrez Gérard, Anita, Mohamed (hello !) et d'autres excellents animateurs qui me pardonneront d'avoir oublié leurs prénoms, et vous y (re)découvrirez la grande histoire du jazz, celle de la lutte des noirs américains, et celle de Gérard qui a côtoyé les plus grands. C'est ici.

mercredi 22 mars 2017

La dose de Wrobly : ventôse 2017 ère commune

      Je n'ai pas beaucoup lu ce mois-ci. Il faut dire que j'ai eu du mal avec Austria, dont je vous ai déjà parlé ici. C'est bien écrit, on ne s'ennuie pas une seconde, c'est sous forme d'enquête du narrateur censé ne faire qu'un avec l'auteur, avec des va et vient temporels, des focalisations sur chaque personnage... Mais c'est tellement horrible, ce tortionnaire, violeur, assassin, incestueux, séquestreur, bon père de famille et patriarche, ayant longuement prémédité le forfait l'ayant rendu célèbre, comme une araignée sa toile avant d'y condamner ses proies, le pire étant qu'il est rigoureusement impossible que personne, pendant 24 ans, locataires du rez-de-chaussée, voisins, facteur, propre femme et enfants ayant eu la chance de remonter du tortionnaire, d'ailleurs certains on témoigné avoir entendu des bruits étranges, mais n'avoir fait qu'éluder par des interprétations plus ou moins fantaisistes, le tout tiré d'un fait divers réel et récent (2008, l'année Tarnac) dont on peut voir quelques images sur le net, que j'avais physiquement du mal à prendre le livre, c'était pénible. Il y a pourtant des passages drôles, mais on rit jaune (l'avocat faisant visiter la maison du crime, cynique et sarcastique au premier abord, finalement clairement traumatisé par ce job et dépressif, qui finit par se foutre en l'air sur l'autoroute ivre mort). Cependant Wrobly n'a jamais abandonné un livre en cours de route, et il avait quand même très envie de voir où voulait en venir l'auteur, au bout du compte, à part taper sur l'Autriche... 


      - Alain Decaux.- Victor Hugo.
     Wrobly aime lire de tout. Du beau, du bon, et parfois même du benêt. Des ennemis même à l'occasion, pour mieux les connaître. De temps en temps il arpente les étagères et pioche l'ouvrage d'autrui. C'est le cas ici. Un peu suffocant et blême après Austria, j'ai eu envie de me rafraîchir avec une bio mainstream du père Hugo, que j'aime bien. Je connais ses défauts, d'ailleurs la seule monographie sur sa vie que j'avais lue avant était de Paul Lafargue, dont la thèse essentielle était que Victor n'était qu'une girouette bourgeoise. Je me souviens que cette brochure était éditée par Lutte Ouvrière. Je préfère Hugo. Quant à l'auteur de cette biographie-ci, on pouffe de suite en lisant son nom. On se souvient des imitations aussi débiles que l'original était caricatural à la TV de notre enfance (je parle pour les plus de 45 ans). On sait aussi ce que sont les académiciens français, une bande d'incompétents réactionnaires et férocement machistes, inutiles, attachés à un folklore grotesques, paresseux comme des chats, ce qui pourrait être une qualité, mais se permettant de donner des leçons de français aux locutrices et aux locuteurs. On n'ignore pas non plus qu'un historien de plateau télé n'a d'historien que le nom, comme un philosophe se gavant du fromage médiatique n'est philosophe que dans le miroir de son ego surdimensionné. Mais parfois, l'un comme l'autre, peuvent-être des compilateurs, nuls certes, mais dont la surproduction littéraire peu de temps à autre apporter une certaine détente, quelqu'amusement et quelques informations ou piqûres de rappel, faciles à lire. Ainsi Decaux, plagiant j'imagine les ouvrages de spécialistes sérieux de son époque, dissipe quelques idées reçues sur la vie de l'auteur des Misérables. Par exemple, Hugo a toujours dit qu'il était fils d'un père officier de l'armée républicaine, et d'une mère chouanne. Comme c'est romantique cette union des contraires ! Eh bien rien n'est plus faux, le père d'Adèle a tissé consciencieusement une pure légende autour de sa vie, pour la postérité. Sa mère, Nantaise, était d'une famille terroriste, très proche de Carrier, le génocideur de vendéens et de chouans. Elle a même dû à un moment quitter Nantes avec les siens, non par peur des bleus, mais par peur des représailles des rescapés d'une population civile décimée. Bref, Histoire et petite histoire, je me fais plaisir sans trop d'effort.



     - James Meek.- Un acte d'amour.
     "J'ai dit à Chanov qu'il avait cruellement manqué. Il m'a répondu qu'il ne pouvait pas participer à cela. En prononçant "cela", il pointait son doigt vers l'endroit d'où je venais. Il m'a demandé où était le reste du régiment. Je lui ai appris que la plupart des hommes avaient péri. Il a hoché la tête, ajoutant qu'on parlerait quand même de victoire.
     J'ai voulu savoir ce qu'il entendait par là. Il a répondu que ceux qui commandaient, le tsar, ses maréchaux, les grands capitalistes et autres financiers, ne réfléchissaient pas en terms de vie ou de mort de simples individus, pas plus qu'ils ne comptaient les roubles et les dollars en coupures unitaires. En affaire, à la table de jeu, ils perdaient des milliers pour gagner des millions ; et quand ils perdaient des millions, il leur en restait bien d'autres en réserve. Ils dépensaient les hommes de la même manière. Un régiment d'un millier d'âmes était une mise insignifiante."
     Si vous souhaitez vous émanciper de l'oppresseur, de "ses généraux, ses nobles et ses capitalistes", faire la nique au "président français", ses "courtisans", "leurs états-majors et leurs places boursières, aussi riches et puissants fussent-ils", et vivre le communisme dès aujourd'hui, vous apprendrez dans ce livre un moyen simple et tranchant (mais non, ce n'est pas la guillotine), comment n'y avons nous pas pensé plus tôt ? de parvenir enfin au paradis sur terre.

     Un livre enthousiasmant et captivant que m' a conseillé l'ami Jules, entre aventure, Histoire (1919 en Sibérie, une compagnie tchèque bloquée - j'ignorais complètement cet épisode de la guerre de 14 - les rouges avancent...), suspense, humour du désespoir (la déjeuner chez le capitaine Matula est, entre autre, savoureux). Merci l'ami pour ce bon plan. Il parait que Johnny Depp est en train (le Transsibérien ?) d'en faire un film, ça fait un peu peur. On préfère repenser à Corto Maltese en Sibérie, avec des personnages aussi dingues et fantasques que Raspoutine ou le baron Roman Fedorovitch von Ungern-Sternberg... J'ai pensé aussi à Jack London, à Croc-Blancs par exemple, même si ça se passe de l'autre côté du détroit de Béring, chez les voisins. Anecdote : bien que récent, ce livre était déjà relégué au magasin de la bibliothèque, et je crois bien être le seul à l'avoir emprunté.... Ils ne savent pas ce qu'ils perdent !

     Un petit bémol cependant, que je rajoute après coup (31/03/2017). L'auteur cite précisément ses sources à la fin du roman, cependant il ne dit rien de celui qui, me semble-t-il, lui a inspiré le personnage de Samarin. Ses théories sans scrupules, son fanatisme "révolutionnaire" l'autorisant à tout écraser, à tout trahir sur son passage, m'a diablement fait penser à Netchaïev, ce jeune opportuniste, manipulateur et retors, escroc et assassin à ses heures (de camarades bien entendu), renouvelant la théorie de Machiavel (pour lequel j'ai plus de sympathie), mais au service de la révolution russe (quelle révolution attendre de telles pratiques? pas celle d'un "anarchiste révolutionnaire" comme l'auteur aime qualifier Samarin à plusieurs moments et de manière un peu surprenante dans le fil du récit, nulle exposition préalable ne nous y ayant préparé ; je penche plus pour ma part à celle des chefs bolcheviques). Au début du récit d'ailleurs, c'est à vérifier mais j'en suis quasi sûr,  le Catéchisme du révolutionnaire de Netchaïev apparaît, sans que l'auteur en soit cité, récité par la petite amie de Samarin. Comme le roman est visiblement inspiré des romans russes, on saisit bien le clin d'oeil, car Dostoïevski lui-même s'était servi de Netchaïev pour camper un de ses personnages, je ne me souviens plus dans quel ouvrage, dénigrant par ce fait tous les révolutionnaire. Par ailleurs, Bakounine est évoqué à un moment, comme une clé tombée dans la soupe, ce Bakounine vieillissant qui s'était lui-même laissé circonvenir, et s'était, contre tout bon sens mais avec une grande affection, attaché à ce sinistre trublion, vers 1870.

Bref, это здорово (eto zdorovo) !

lundi 20 mars 2017

Dame ! c'est dimanche.

   Alors malgré son mal de cheville qui le reprend (vous savez, son fameux trou dans l'astragale, pourtant il n'a jamais fait le mur comme Albertine), l'humidité ? le printemps ? Wroblewski est allé faire une petite promenade dans la capitale. Avec la France insoumise.





















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vendredi 17 mars 2017

Sacqueboute XIII

     Pour faire le lien entre le trombone et un post prévu pour la semaine prochaine, voici cet ensemble de femmes trombonistes qui envoient sacrément du bois. Oui, les femmes sont aussi bonnes musiciennes que les hommes, et pas seulement en tant que chanteuses glamour (au secours !) ! Et oui, elles sont quasi inexistantes sur la scène, jazz notamment, exceptées quelques individues excellentes, comme Géraldine Laurent au saxophone alto, par exemple, ou bien la compositrice, arrangeuse, chef d'orchestre, etc. Maria Schneider. Que pouvons-nous faire pour lutter contre le machisme du milieu ? Peut-être écouter plus de musiciennes, acheter (voler, dans ce cas de figure, serait peut-être contre productif...), aller à leurs concerts, en parler...

     En attendant accrochez-vous !


   Priviouzlionne Sacqueboute :

- Treme

mercredi 15 mars 2017

Amende honorable

La Plèbe souhaite présenter ses excuses pour la façon dont les hommes politiques ont été présentés au long de ses posts.


Il n'a jamais été dans notre intention d'insinuer que les politiciens sont des mous du genou, des opportunistes plus préoccupés par leurs vendettas personnelles et leurs luttes privées que par le service de l'Etat.


Il n'était pas non plus dans notre intention de laisser entendre qu'ils perdent toute crédibilité en empêchant tout débat sur la trompeuse impression que l'unité des partis passe avant le bien être des gens qu'ils sont censés représenter.


Ni même de laisser croire à quelque moment que ce soit qu'ils ne sont que des petits lèche-bottes chamailleurs qui se fichent complètement des problèmes sociaux du pays.


Ni d'inciter les lecteurs à voir en eux des vermines égoïstes et variqueuses, avec du poil aux pattes, un penchant marqué pour l'alcool et des pratiques sexuelles d'une nature propre à choquer.


Pardonnez-nous si, au final, c'est cette impression qui l'emporte.

Celui-là est bien, il est pour le peuple.

lundi 13 mars 2017

Jouons un peu avec l'instruction

   Les lecteurs et contributeurs de La Plèbe nous l'ont maintes fois prouvé, ils sont des parangons d'érudition. C'est pourquoi le joute qui va se jouer sous vos yeux sera terrible et sans pitié. Humaniste, La Plèbe ne désire pas humilier les maillons faibles d'entre vous, aussi aucun classement ne sera fait parmi les candidats plus ou moins malheureux. Mais le gagnant se verra offrir un inestimable cadeau, qui vaut bien tous les millions du monde, mais qui restera secret jusqu'au terme de cette olympiade de la culture.
   Le déroulé de jeu se fera en plusieurs épreuves. Ah ! important, ça se fait sans recherches sur internet, sinon c'est de la triche, et vous risquez de perdre définitivement la victoire.

   Epreuve 1

   Voici un texte. Les mots en italiques ont été transcrits dans une sorte de phonétique avec les lettres de l'alphabet français, car je n'ai pas l'alphabet phonétique sur mon clavier. Il s'agira de retranscrire ces mots en français écrit. Pour finir, vous devrez donner l'auteur de ce texte, et l'ouvrage dont il est extrait. Ah ! Les noms propres en ont été changé.

   "Le cardinal Barbarin, avec précaution, allait poser d'autres questions lorsque parut à la porte un couple charmant : une enfant de seize ans avec corsage de velours et jup à grands volants ; un jeune personnage en habit à haut col et pantalon à élastik. Ils traversèrent la salle, esquissant un pas de deux ; d'autres les suivirent ; puis d'autres passèrent en courant, poussant des cris, poursuivis par un grand piéro blafar, aux manches trop longues, coiffé d'un bonnet noir et riant d'une bouche édentée. Il courait à grandes anjanbé maladroites, comme si, à chaque pas, il u du faire un saut, et il agitait ses longues manches vides. Les jeunes filles en avaient un peu peur ; les jeunes gens lui serraient la main, et il paraissait faire la joie des enfants qui le poursuivaient avec des cris perçants."

       J'endigue tout de suite l'éventuel cours erroné de vos idées géniales en vous informant qu'il ne s'agit pas, non, d'Harry Potter à l'école des sorciers. Et j'informe les joyeux candidats que le correcteur d'orthographe doit être désactivé.

jup =
élastik =
piéro =
blafar =
anjanbé =
u du =
Auteur du texte =
Oeuvre dont est tirée l'extrait =

   Indice iconographique

   Epreuve 2

   Première question, toute simple : Comment calcule-t-on le volume d'un cône ? Je crois que parmi les fumeurs de pétards qui constituent la base active des lecteurs de La Plèbe ceci ne posera pas de problème particulier. Vous évaluiez bien le temps que vous durerait votre 50 g (100 si vous êtes gourmands) avec cette formule, non ? et celle des pourcentages, bien sûr, pour calculer le taux de chichon dans votre Camel. Mais ici il n'y en a même pas, de pourcentage, alors les doigts dans le nez. Nous voulons juste une formule (je rappelle, pas de gougueule, pas de ouiki, etc.). Passons à la suite.


   Deux trains partent à cinq heure du matin, l'un de Lyon pour Turin, l'autre de Turin pour Lyon. Le premier roule à 54 kilomètres à l'heure de moyenne, le second à 36 kilomètres à l'heure. Je ne vous demande pas où le caténaire tombera en panne, c'est trop facile et vous le savez déjà, en Val de Suse. Non, voici les questions :
   1°) A quelle heure se rencontreront-ils ?
   2°) A quelle distance de Lyon, sachant que Lyon se trouve à 312 km de Turin ?


   Epreuve 3

   1°) Où nait la Loire ?
   2°) Quel est le plus haut sommet du Massif central, à combien culmine-t-il ?

   Epreuve 3

   Dans les évènements consécutifs à la grande révolution de 1789, qui sont :

   1°) le boulanger
   2°) la boulangère
   3°) le petit mitron

et que leur est-il arrivé ?

La boulangère, le boulanger, et le petit attaché parlementaire.

   Nous vous épargnerons les épreuves 4 et 5 car la couture et le dessin sont difficilement compatibles avec les commentaires d'un blog, mais vous pouvez essayer l'épreuve 6 si vous voulez : chantez sans vous tromper dans les paroles, et juste s'il vous plaît, Le Chant du départ. Si vous y parvenez ça pourra toujours départager les ex-aequo. Comme nous sommes quand même sur La Plèbe, vous pouvez remplacer si vous le souhaitez Le Chant du Départ par L'Internationale ou La Semaine sanglante ; à la rigueur Dors min p'tit Quinquin. Après vous direz que je suis un animateur intransigeant !

   A vous de jouer !

vendredi 10 mars 2017

Parias

   Torturés et voués à une mort certaine là où ils vivaient, ils ont décidé de fuir, de passer. Après avoir franchi de nombreux obstacles, ils se retrouvent dans le monde dit libre, sans papiers, sans personne à qui demander de l'aide, toujours ballotés entre leur peur et la malveillance des hommes et ils constatent qu'ils ne trouveront là aucun refuge. Ils connaissent la faim, et la maraude, dame ! les spécialistes, les braves gens, la police, l'armée les traquent. Les médias vont même jusqu'à faire courir le bruit qu'ils seraient porteurs d'une grave maladie contagieuse, dont les épidémies historiques sont notables par leur ampleur et leur sévérité. Dans les montagnes cependant, ils rencontrent la fraternité, l'amitié même, et connaissent l'entraide, mais seul cet individu libre, vivant caché des hommes et se jouant de leurs lois les aura reconnu, et secouru. Mais gare à lui ! On sait le sort réservé par police, justice et ministères aux êtres ayant commis l'acte immonde de solidarité aux damnés de la terre... Pour finir, ils entament un voyage périlleux vers la mer. Là-bas, on leur a dit, ou l'on-t-il rêvé ?, il y a une île, une terre d'asile. Mais le littoral est une véritable jungle, les militaires ayant lâché des meutes de chiens à leurs trousses, leurs hélicoptères sillonnant ces cieux toujours incléments pour les parias. Parviendront-ils à courir jusqu'à la mer ? Pourront-ils accéder, nager jusqu'à leur île ? C'est ce que vous dira ce beau mais cruel dessin animé, cruel comme les seigneurs du monde dans lequel nous (sur)vivons, plus confortablement malgré tout que les indésirables qui nous frôlent, et espèrent désespérément notre aide, quelles que soient leurs "races" ou leurs espèces.

 Scène d'ouverture, accrochez-vous les boyaux.

 Bande annonce.

Film entier. Pour les non anglophones, c'est sous-titré.


L'avis de la Plèbe

   Un peu dur pour les enfants. Complètement déconseillé aux amateurs de Rox et Rouky.
   Ma dernière actu ciné (Walery Wroblewski).

mercredi 8 mars 2017

Pour ou contre les AMAP

     Bonjour chers lecteurs. Aujourd'hui dans Le téléphone clignote la question brûlante des Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne. Espérons que le débat ne va pas tourner en ratatouille ! Mais le standard me fait signe, nous avons un premier appel. Il s'agit de Giuseppe Arcimboldo de Milan. Allo, Monsieur, c'est à vous !


     Merci Monsieur Arcimboldo, des arguments pour le moins convaincants. Ah ! Oui, Thierry, nous avons un second appel.

LE TÉLÉPHONE CLIGNOTE !

      Il s'agit de Monsieur Charles Baudelaire de Paris. Nous vous écoutons Monsieur : 

     "Vous me demandez des vers pour votre petit volume, des vers sur la Nature, n'est-ce pas ? sur les bois, les grands chênes, la verdure, les insectes, - le soleil sans doute ? Mais vous savez bien que je suis incapable de m'attendrir sur les végétaux et que mon âme est rebelle à cette singulière religion nouvelle, qui aura toujours, ce me semble, pour tout être spirituel je ne sais quoi de shocking. Je ne croirai jamais que l'âme des Dieux habite dans les plantes, et quand même elle y habiterait, je m'en soucierais médiocrement, et considérerais la mienne comme d'un bien plus haut prix que celle de légumes sanctifiés. J'ai même toujours pensé qu'il y avait dans la Nature, florissante et rajeunie, quelque chose d'impudent et d'affligeant."
 
     Voilà qui est fort bien dit, quoique sous forme quelque peu lapidaire et pour le moins provocatrice. Pour résumer vos propos, Monsieur, je dirais que le gaz carbonique c'est votre hygiène, et que vous n'êtes pas du genre à vous parfumer à l'oxygène. En gros, vous excluez le beau de l'air, euh ha ! ha ! ha! Humour, information, objectivité, vous êtes bien sur Le Téléphone clignote ! Mais l'heure tourne, ce sera à nos lecteurs de trancher, dans le lard pour M. Baudelaire, dans le concombre pour M. Arcimboldo. Et maintenant une page de publicité. Bonsoir !

lundi 6 mars 2017

Scoubidou

Comme quoi, on peut faire de la variété et ne pas être manchot.


La Plèbe écoute tout le temps :
Lundi soir 6 mars 2017 : Dans l'herbe tendre (chanson française). Thème du mois : les anglais(es).

vendredi 3 mars 2017

Une historiette de Béatrice

   - Bonjour.
   - Bonjour, monsieur, je peux vous aider ?
    - Euh... oui. Avez-vous un exemplaire de Trente jours dans le désert de Samarkind avec la duchesse de Kent de A. E. J. Eliott ?
   - Ah... je ne connais pas cet ouvrage, monsieur.
   - Euh... Ca ne fait rien, ça ne fait rien... Et Cent une façons de déclencher une bagarre ?
   - De ?
   - Un gentleman irlandais, dont le nom m'échappe...
   - Non, nous n'avons rien de ce genre...
   - C'est pas grave. Pas de souci... Peut-être aurai-je plus de chance avec David Coperfield
   - Ah ça, Dickens, oui, bien sûr...
   - Euh... non.
   - Pardon ?
   - Pas Dickens, Edmund Wells.
   - Je pense qu'en cherchant bien, vous vous souviendrez que c'est Charles Dickens qui a écrit David Copperfield, monsieur.
   - Non, non. Charles Dickens a écrit David Copperfield, avec deux P. Je cherche David Coperfield avec un seul p. L'ouvrage d'Edmund Wells.
   - David Coperfield avec un seul p ?
   - Exactement.
   - Alors là... dans ce cas-là, non, je ne l'ai pas.
   - C'est étonnant. Vous avez pourtant tout un tas de livres ici.
   - Oui, nous en avons beaucoup, mais pas David Coperfield avec un seul p d'Edmund Wells.
   - C'est dommage. Ce bouquin est quand même bien plus réussi que celui de Dickens.
   - Plus réussi ?!?
   - Oui, oui. Peut-être cela vaudrait-il le coup que vous jetiez un oeil à vos David Copperfield, on ne sait jamais...
   - Non, je suis désolé, tous nos David Copperfield ont deux p, ce n'est pas la peine que je regarde...
   - Vous êtes sûr ?
   - Certain.
   - Ça ne vaut pas la peine...
   - Non.
   - Bon. Et Olive Ertwist ?
   - Oui, celui-là, nous l'avons.
   - C'est bien Olive... Ertwist d'Edmund Wells ?
   - (Soupir.) Non. Dans ce cas, nous ne l'avons pas. Nous n'avons rien d'Edmund Wells, aucun livre, pas le moindre, rien du tout, d'accord ?
    - Même pas Monsieur Pique-Nique
   - Non.
   - Les Comptes de Noël... C-O-M-P-T-E-S.
   - Je vous dit que non !
   - L'Etang difficile ?
   - NON !
   - Désolé, désolé... désolé de vous avoir dérangé.
   - Ce n'est rien.
   - Eh bien au revoir.
   - Au revoir.
   - Oh !
   - Oui...
    - J'allais oublier. Auriez-vous un exemplaire de Ranarby Budge ?
   - Non ! Je n'arrête pas de vous dire que nous n'avons rien d'Edmund Wells !
   - Mais ce n'est pas d'Edmund Wells. C'est de Dikkens.
   - Charles Dickens ?
   - Oui.
   - Vous voulez dire Barnaby Rudge, alors.
   - Non. Ranarby Budge. De Charles Dikkens. Avec deux k. Le fameux auteur néerlandais.
   - Non. Nous n'avons pas Ranarby Budge de Charles Dikkens, avec deux k, le fameux auteur néerlandais. Et pour gagner du temps, sachez que nous n'avons pas non plus Renard Bybudge de Darles Chickens, ni non plus Bernard Roger de Marles Pickens, ni même Réarmez Badges de Farles Wicken, avec cinq w et un q muet !!!!!!! Pourquoi n'allez-vous pas essayer la librairie d'en face ?
   - J'ai essayé. C'est eux qui m'ont envoyé ici.
   - C'est eux ?
   - Oui. Ah, juste une dernière chose.
   - S'il vous plaît, non...
   - Avez-vous les Extraordinaires Aventures du capitaine Gladys Stoutpamphlet et de son épagneul breton chez les Pygmées géants... le volume huit, s'il vous plait.
   (Longue pause et longs soupirs.)
   - Non. Non. Non. C'est étonnant, n'est-ce pas ? Nous avons pourtant beaucoup de livres, ici, nous en avons des milliers, mais là, non, non et non. Je vais devoir vous demander de vous en aller, monsieur.
   - Mais pourtant vous l'avez ce livre !
   - Nous ne l'avons pas !
   - Mais...
   - Et puis il est midi de toute façon, je ferme, je dois aller déjeuner.
   - Ah je vois... Argument de foireux...
   - Pardon ?
   - Je le vois le livre, là, derrière vous !
   - Comment ?
   - Il est là. Le Guide Olsen des oiseaux.
   - Le Guide Olsen des oiseaux ?
   - Oui.
   - Olsen, O-L-S-E-N ?
   - Oui.
   - Des oiseaux, O-I-S-E-A-U-X ?
   - Oui.
   - C'est un fait, il est là.
(Il le prend.)
   - C'est la version expurgée ?
   - Comment ?
   - C'est la version expurgée ?
   - LA VERSION EXPURGÉE du Guide Olsen des oiseaux ???!!!???!!!
   - Celles sans l'hirondelle ?
   - Celle sans l'hirondelle ?!?!?! Mais l'hirondelle est dans tous ! C'est un oiseau des plus communs !
   - Je ne les aime pas. Leurs nids me dégoûtent !
   - (Furieux.) Très bien, regardez l'hirondelle, je l'expurge sous vos yeux (La libraire déchire la page.) Il y en a d'autres que vous n'aimez pas ?
   - Je n'aime pas les rouges-gorges.
   - (En criant.) Le rouge-gorge, le rouge-gorge, le voilà, et hop (elle déchire la page), plus de rouge-gorge ! Plus d'hirondelles, plus de rouges-gorges : tenez, voilà VOTRE livre !!!!
   - Mais je ne vais pas acheter ça... Il est déchiré !
   - (Bruit particulièrement incohérent.)
   - Auriez-vous...
   - Allez-y, demandez-moi ce que vous voulez, j'ai plein de livres, j'ai tout ici, allez-y, allez-y...
   - La noix de coco va chez le coiffeur ?
   - Non, c'est bizarre, c'est bizarre, mais nous ne l'avons pas...
   - L’Évangile selon saint Gauche ?
   - Raté ! Essayez encore !
   - Ethel le petit raton laveur fait une étude de marché ?
   - Ethel... Oui, oui, nous l'avons ! Il est là-bas, il est là-bas, il est là, le voilà, le voilà !!!!! Il est là, c'est lui, voilà VOTRE livre alors vous le payez et bonsoir !
   - Je n'ai pas d'argent.
   - (Désespérée.) Un chèque, peut-être ?
   - Non plus, non. Je n'ai pas de compte en banque.
   - Attendez, voilà, voilà, je le paye de ma poche, voilà, et prenez ça pendant qu'on y est, tenez, c'est pour le taxi, prenez l'argent, le livre et filez prendre un taxi IMMÉDIATEMENT !
   - Attendez, attendez...
   - Attendez quoi ?
   - Je ne sais pas lire.
   (Prenant une bonne bouffée d'air et cherchant à rester calme.)
   - Vous ne savez pas lire... tout va bien... tout va bien... du calme... tout va bien... alors ASSEYEZ-VOUS ! Asseyez-vous ! Voilà, vous êtes assis confortablement ? Tout va bien ? Bon. (La libraire ouvre le livre.) "Ethel le petit raton laveur trottinait tranquillement près de la rivière un beau matin, lorsqu'il vit, au loin, un entrepreneur chargé d'une étude de marché..."




Publié par Wroblewski à 16:01
Sujets Bouquinerie comptera pas, Historiette

mercredi 1 mars 2017

Sacqueboute XII


Comme promis à notre ami Dror, avec un peu de retard, mais avec un bonus. Ici on a J.J. Johnson + Kai Winding, dans leur duo fameux. Du bon. Enjoy !



- Treme

La Plèbe écoute tout le temps :

Jeudi 2 mars 2017 : Jazzlib' (jazz). Thème de la bi-mensualité : Une étape du côté du guitariste John Mc Laughlin. Le temps manquera évidemment de tout survoler, aussi les choses seront prises dans l'ordre avec en ouverture le splendide Extrapolation, qui fut son premier album en lideur qui date de 1969, avec Tony Oxley, Brian Odges, et le superbe John Surman au baryton. Avec évidemment la polémique sur le thème "Arjen's Bag", dont un certain Mike Raetledge a piqué absolument toute la structure harmonique et rythmique, y compris sur les premières mesures de l'exposé du thème. Mais en 1973, donc 4 ans après… Il s'agit bien-entendu du "Day'sEye" tiré du disque 1 de l'album 7 de "Soft Machine"… Mmhhhh, ils vont encore se faire des amis, à Jazzlib'...
When, where, how ?
Jazzlib' sur radio libertaire 89,4 FM en RP. Tous les 1er et 3e jeudis de 20:30 à 22:00.
Podcast ou téléchargement MP3, pendant un mois, sur la grille des programmes.
Cliquer sur le lien correspondant à la bonne date (Jazzlib'/Entre chiens et loups). Attention de bien vérifier que vous êtes sur le 1er ou/et 3e jeudi, vous avez, en haut à gauche, les semaines disponibles.